Entreprendre n’a pas été pour moi une question de courage mais de nécessité

Après avoir roulé sa bosse à l’étranger et beaucoup voyagé, Claire Buonavista cherchait à mettre du sens dans son travail. Elle a monté Graines d’Horizons qui allie respect des femmes, écologie et artisanat.

A quoi ressemblait votre vie d’avant ?

Avant de me lancer dans cette belle aventure qu’est l’entreprenariat, j’explorais la vie à l’étranger. Issue d’un cursus en école d’ingénieur, suivi d’un mastère spécialisé en école de commerce, j’ai profité de mes différents stages pour découvrir la vie en Allemagne, puis en Angleterre, puis en Belgique, durant des périodes de quelques mois. En fin de cursus, l’Asie m’attirait fortement et j’éprouvais le besoin de vivre la dynamique asiatique de l’intérieur. J’ai eu la chance d’y terminer mes études et, souhaitant poursuivre cette immersion, j’ai eu l’opportunité d’y faire un V.I.E d’une durée de deux ans. Je travaillais dans le secteur de l’énergie, couvrant l’Asie du Sud-Est, l’Australie, puis également l’Asie du Nord-Est. Le but principal était d’en étudier les marchés et de contribuer à définir le positionnement stratégique pour y établir une présence technologique. Pendant toute cette période-là de ma vie, j’ai également pu beaucoup voyager, toujours guidée par ce besoin de découvrir par moi-même d’autres cultures, d’autres modes de vie et de pensée.

 

Quel a été l’élément déclencheur ?

Une somme de déclencheurs m’ont conduite à me mettre en rupture de cette voie que je suivais, afin d’entreprendre. Tout d’abord, très jeune, j’ai appris que mon arrière-grand-mère avait été entrepreneure… Même si je ne l’ai pas connue, comment ne pas être marquée par l’audace dont elle a fait preuve, en entreprenant à une période du 20ème siècle pendant laquelle les femmes n’avaient même pas le droit de vote en France ? Avec du recul, je réalise que j’ai toujours voulu entreprendre, comme elle. Par contre, je cherchais ce qui me donnerait le courage de me lancer dans cette aventure, le jour où les circonstances seraient réunies…

Puis, un second déclencheur est entré en scène. C’était en Juin 2013 : une partie de la Malaisie et Singapour, où je vivais, étaient englouties sous une épaisse fumée résultant d’incendies massifs au nord de l’Indonésie, à Sumatra. Ces incendies étaient déclenchés dans une optique de « land clearing », à savoir : dégager des terres cultivables pour étendre les plantations de palmiers à huile, afin de répondre à la demande importante du marché pour cette denrée qu’est l’huile de palme. Je me suis dès lors sentie mal : mon travail étant très axé sur de l’analyse stratégique, je passais de longues heures derrière un ordinateur sur Excel et Powerpoint, et pendant ce temps, des forêts entières brûlaient dans une logique de consommation destructrice, qui plus est dans l’un des pays que j’aime le plus…

A cette période-là, la question de revenir travailler en France à La Défense s’est posée… Je ne voyais absolument plus le sens de ce que je faisais au quotidien et l’idée-même de poursuivre ainsi en m’enfermant dans une tour de verre à La Défense, derrière mon ordinateur, me mettait donc mal à l’aise. Il m’était apparu de manière trop flagrante que nous induisons de grands déséquilibres sur la nature à nos dépens, et l’entreprenariat était pour moi le seul et unique moyen de faire naître les changements nécessaires dans nos modes de consommation. Le temps d’entreprendre était donc venu pour moi sinon, je savais que je ne pourrais plus me sentir bien, ni avec moi-même, ni avec le monde que nous construisons pour nos enfants en poursuivant dans notre modèle actuel. Finalement, entreprendre n’a pas été pour moi une question de courage, mais de nécessité.

 

Et maintenant ?

Il y a près d’un an de cela, après plus de trois ans de vie en Asie, je suis revenue en France, aux sources. Et je me suis immédiatement lancée dans la création de mon entreprise à temps plein ! J’ai mis en place toute la partie opérationnelle de ma marque de prêt-à-porter féminin, graines d’Horizons, qui est née de la fusion entre savoir-faire français et sagesse traditionnelle chinoise. En effet, j’ai voulu retranscrire la somme de toutes mes expériences de voyage, car elles ont profondément compté pour moi et m’ont forgée telle que je suis. Ainsi, la sagesse traditionnelle chinoise a inspiré ma philosophie de marque, notamment en termes de bien-être et de respect de la nature. En ce sens, localiser ma chaîne de valeur en France a été le moyen de réduire l’empreinte carbone des robes de ma marque, et de découvrir, entre autres, la beauté du savoir-faire artisanal et de l’innovation textile en France.

Mon envie ultime, au travers de cette fusion, est de participer à un respect accru des femmes et de la nature, qui sont, pour moi, liées en tous points. En somme, j’ai enfin la sensation de pleinement agir avec un sens, et en ligne avec toutes les valeurs qui me tiennent à cœur. Je me sens également heureuse d’explorer toutes les facettes du fonctionnement d’une entreprise, ce que je n’aurais jamais pu faire en restant dans une position précise au sein d’un grand groupe, comme cela aurait été le cas à La Défense. Or, c’était également un aspect qui me manquait cruellement jusqu’alors, et je ne voulais plus attendre l’aval potentiel d’un RH pour découvrir d’autres positions que celle qui m’était assignée. Nous n’avons qu’une vie, dont nous ne connaissons pas la durée, et j’ai donc envie de la vivre pleinement, en partageant tout ce qui m’est donné de découvrir. Depuis, je me sens plus libre que jamais et cette liberté, bien qu’étant la responsabilité la plus grande que j’ai l’impression d’avoir eue dans la vie, m’est très chère et précieuse.

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